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Construire un historique de prévisions vérifiable

Par insiderz8 min de lecture

Illustration abstraite sur fond sombre montrant des jetons scellés et verrouillés le long d’une frise chronologique

Un historique de prévisions est crédible si quatre conditions sont réunies. Chaque call, c’est-à-dire une prévision publique datée, paraît avant l’événement et reçoit l’horodatage d’un tiers. Rien ne peut ensuite être modifié ou supprimé, et tous les calls, y compris les échecs, sont comparés à un repère public. Sans l’un de ces éléments, on obtient une sélection flatteuse, pas une preuve.

Pourquoi personne ne croit-il une capture d’écran ?

Une capture d’écran prouve seulement qu’une image existe. Elle ne prouve ni la date du texte, ni son absence de modification, ni l’existence de quarante autres calls partis dans l’autre sens. C’est la preuve la plus faible et pourtant la plus courante. Le problème ne tient pas forcément à la mauvaise foi. Le format ne permet tout simplement pas d’établir les faits.

Il en va de même pour une publication que son auteur peut effacer. Le Pew Research Center a suivi près de 5 millions de tweets publiés de mars à juin 2023 et constaté que 18 % n’étaient plus visibles publiquement dans les trois mois. Parmi ces disparitions, 60 % venaient d’un compte devenu privé, suspendu ou supprimé, et 40 % de la suppression du message par son auteur. Sur les réseaux sociaux, l’effacement est courant, silencieux et ne laisse aucun emplacement vide. En 2026, un lecteur ne peut pas savoir ce qui figurait autrefois dans un fil.

À quelles contestations un historique doit-il résister ?

Un historique doit résister à trois attaques : l’affirmation que le texte a été écrit plus tard, celle qu’il a été modifié, puis la question « qu’avez-vous dit d’autre ? ». L’horodatage et l’impossibilité de modifier règlent les deux premières. L’exhaustivité règle la troisième, et c’est elle qui détermine vraiment la valeur de l’historique.

Une quatrième question s’impose : par rapport à quoi ? Prévoir correctement la victoire d’un grand favori ne démontre pas une compétence particulière. Il faut comparer cette prévision à ce qu’indiquait un repère au même moment.

Quelles sont les quatre qualités d’un historique vérifiable ?

Horodaté par un tiers. Le moment du call doit être enregistré par une partie qui n’a aucun intérêt dans le résultat, par exemple une plateforme, une blockchain ou une archive publique. La date du fichier sur votre ordinateur ne suffit pas.

Impossible à modifier. Une fois publié, le call ne doit pouvoir être ni corrigé ni retiré, par son auteur comme par l’opérateur. Si une ligne peut disparaître discrètement, la preuve dépend encore de la bonne volonté de celui qui la conserve.

Exhaustif. Tous les calls figurent au même endroit et selon les mêmes règles. Pas seulement ceux dont on se souvient. Pas seulement ceux qui ont fonctionné.

Noté face à un repère. Chaque call résolu reçoit une note comparée à une référence publique prise au même instant. Sans ce repère, « j’avais raison » signifie souvent seulement que l’issue était déjà probable.

Dans l’Union européenne, ce principe a aussi une portée juridique pour l’horodatage. Dans sa version consolidée au 18 octobre 2024, l’article 41 du règlement eIDAS prévoit qu’un horodatage électronique qualifié bénéficie d’une présomption d’exactitude pour la date, l’heure et l’intégrité des données. Cette règle vaut notamment en France et en Belgique. Elle renforce la preuve du moment, mais ne prouve toujours pas que tous les calls ont été conservés.

Voici comment les méthodes courantes satisfont ces quatre conditions, vérification faite le 4 septembre 2026.

Support de l’historique Horodatage par un tiers Retrait public possible par l’auteur Tous les calls sont visibles Comparaison à un repère
Capture dans une discussion Non Oui Non Non
Publication sur X ou Telegram Oui Oui Non Non
Blog personnel ou lettre d’information Non Oui Non Non
Preuve OpenTimestamps Oui Oui Non Non
Historique de trading Polymarket Oui Non Oui Non, classement par profit
Profil insiderz Oui Non Oui Oui, face au prix du marché

Deux lignes méritent une précision. Une preuve OpenTimestamps, annoncée par Peter Todd en septembre 2016, ancre gratuitement l’empreinte d’un fichier dans la blockchain Bitcoin. Elle prouve qu’un texte précis existait avant un bloc précis. Elle ne garantit pas l’exhaustivité, car son propriétaire décide ensuite quelles preuves montrer.

L’historique Polymarket est bien permanent et complet, mais son classement mesure autre chose que la qualité prédictive. En septembre 2026, la documentation de son classement ne propose que deux critères de tri, PNL et VOL, sans aucun champ consacré à la justesse.

Pourquoi l’exhaustivité est-elle si souvent sacrifiée ?

L’exhaustivité est la seule qualité que la technique ne peut pas simuler, et la seule qui change le résultat. Ajouter un horodatage coûte peu. Montrer le dénominateur coûte davantage, car cela impose de publier les pertes.

Le calcul est sans appel. Pour des calls comparables à des piles ou faces, conserver uniquement les gagnants donne vite une allure de génie. Dix réussites de suite arrivent par hasard environ une fois sur 1 024 à chances égales. Ce chiffre paraît impressionnant jusqu’à ce que des milliers de personnes publient chaque semaine. Quelques-unes obtiendront cette série sans aucune compétence. Dix réussites sur dix calls sont une information. Dix réussites accompagnées de quatorze échecs cachés n’en sont pas une.

CXO Advisory Group a mené la version honnête de cette expérience. De 2005 à 2012, le site a rassemblé 6 582 prévisions publiques sur les actions américaines, émises par 68 experts nommés, puis les a toutes évaluées. La justesse finale atteignait 46,9 %, ou 47,4 % en moyenne par expert. Voilà ce que l’on observe lorsque personne ne choisit après coup les calls qui comptent.

C’est pourquoi les prévisions supprimées ne sont pas un détail. Un historique troué n’est pas seulement un historique moins bon. C’est un objet d’une autre nature.

Pourquoi comparer au marché plutôt qu’au seul résultat ?

Un taux de réussite ignore la difficulté. Prévoir qu’un sortant gagnera un vote sans suspense et avoir raison apporte peu d’information. Prévoir correctement une issue cotée à 20 % en apporte beaucoup. Le repère distingue les deux. Un prix de marché en direct est exigeant, car il agrège déjà les avis des autres participants.

La recherche en prévision utilise depuis longtemps ce principe. Les tournois de l’IARPA, organisés de 2011 à 2014, notaient chaque participant avec le score de Brier, soit l’écart au carré entre une probabilité et le résultat. Le programme gagnant a retenu 60 superprévisionnistes sur leur seule justesse mesurée, puis les a vus rester devant les groupes de comparaison pendant deux années supplémentaires. Ce résultat existe parce que toutes les prévisions ont été enregistrées et notées, y compris les mauvaises.

La même méthode permet de comparer humains et machines. En 2025, une étude a utilisé 464 questions Metaculus résolues pour comparer des modèles de langage avancés aux meilleurs prévisionnistes humains. Les modèles devançaient la foule mais restaient derrière le groupe expert. Pour comprendre le calcul, consultez le score de Brier expliqué simplement.

Comment commencer un historique dès aujourd’hui ?

  1. Choisissez des événements qui seront résolus. « La crypto passera une bonne année » n’a pas d’issue précise. « Le BTC clôturera au-dessus de X dollars le 31 décembre » en a une.
  2. Indiquez un côté et un degré de confiance. Oui ou Non, puis votre niveau de certitude. Ce degré rend le call mesurable.
  3. Publiez avant l’événement dans un endroit non modifiable. Le moment compte davantage que la formule employée.
  4. Conservez le repère au même instant. Si le prix de référence était de 34 % et que vous avez choisi Oui, ce nombre fait partie du call.
  5. Continuez, même lorsque vous hésitez. Ne publier que les certitudes recrée une sélection.
  6. Ne retirez rien. Les échecs donnent leur sens aux réussites.

Sur insiderz, ces règles sont automatiques. Un call est verrouillé dès sa publication, avec l’heure et le prix Polymarket de cet instant. Ni vous ni nous ne pouvons le modifier ou le supprimer. Après la résolution de l’événement, il est noté face au marché. Les calls deviennent publics après un délai, tandis que les abonnés disposant de l’accès en direct les voient immédiatement. Aucun argent n’est engagé. Vous signez une affirmation, pas une mise.

Comment lire l’historique de quelqu’un d’autre ?

Commencez par le dénominateur. Combien de calls résolus, sur quelle période ? Avec moins d’une douzaine, vous lisez surtout du bruit, quel que soit le taux affiché. Le classement applique une règle plus stricte : un profil n’est classé qu’après 30 événements résolus.

Regardez ensuite la valeur des calls. Un historique rempli de calls émis à 90 % de probabilité de marché montre surtout un accord rapide avec le consensus. Cherchez les désaccords avec le prix de référence et vérifiez si le marché s’est ensuite déplacé vers eux. Cette avance est difficile à fabriquer, car elle exige que le reste du marché réagisse après le call.

Enfin, vérifiez si l’historique peut rétrécir. Si l’utilisateur ou l’opérateur peut cacher un call, la qualité maximale de la preuve dépend de son honnêteté. Pour les méthodes permettant de dater un call isolé, consultez comment horodater une prédiction.

Que garantit insiderz, et que ne garantit-il pas ?

insiderz garantit ceci : les calls sont verrouillés au moment de leur création avec l’heure et le prix Polymarket. Ils ne peuvent être ni modifiés ni supprimés et sont notés face à ce prix lorsque l’événement est résolu. Le classement affiche Bat le marché, Événements, Edge et Avance. Les mêmes données sont accessibles par l’API publique. L’identité repose sur la signature d’un wallet, sans adresse électronique ni nom.

insiderz ne prétend pas disposer d’un long recul. Le site a été lancé en septembre 2026, tous les historiques commencent donc à zéro, y compris le nôtre. Un bon passé ne garantit pas la suite, et insiderz n’est pas un site de pari. Le service retire seulement trois échappatoires : antidater, corriger et cacher les pertes. La qualité des résultats appartient ensuite à la personne qui fait les calls. Le P&L ne mesure pas le talent prédictif explique pourquoi un classement par profit répond à une tout autre question.

Questions fréquentes

Comment prouver que l’on avait prévu un événement ?
Il faut une trace créée avant l’événement, horodatée par un tiers, impossible à modifier ou à supprimer, et qui conserve les calls faux comme les calls justes. Sans ces quatre éléments, il s’agit d’un récit, pas d’une preuve.
Pourquoi une capture d’écran ne constitue-t-elle pas une preuve ?
Une capture montre seulement les calls que son auteur a choisi de garder. Elle ne porte aucun horodatage indépendant, peut être fabriquée ou retouchée et masque le nombre de calls perdants.
Qu’est-ce qui rend un historique crédible ?
Son exhaustivité. Un historique qui conserve chaque call et le note face à un repère public est crédible. Une sélection des meilleurs calls ne l’est pas, même si chacun d’eux est exact.
Combien faut-il de prévisions pour qu’un historique compte ?
Autour d’une douzaine de calls résolus et comparés à un repère, une bonne série commence à être moins facile à attribuer au hasard. Dix piles ou faces justes de suite se produisent environ une fois sur 1 024.
Faut-il engager de l’argent pour créer un historique ?
Non. L’argent mesure le risque pris, pas la justesse. Il faut surtout un repère, afin qu’une réponse juste sur une issue évidente compte moins qu’une réponse juste lorsque le repère se trompait.

Sources

  1. Identifying and Cultivating Superforecasters as a Method of Improving Probabilistic Predictions, Mellers et al., Perspectives on Psychological Science, 2015
  2. Guru Grades, CXO Advisory Group, forecasts collected 2005 to 2012
  3. Link Rot and Digital Decay on Government, News and Other Webpages, Pew Research Center, 17 May 2024
  4. Get trader leaderboard rankings, Polymarket Documentation, accessed 4 September 2026
  5. OpenTimestamps: Scalable, Trust-Minimized, Distributed Timestamping with Bitcoin, Peter Todd, 15 September 2016
  6. Evaluating LLMs on Real-World Forecasting Against Expert Forecasters, Janna Lu, arXiv, July 2025
  7. Règlement eIDAS, version consolidée, EUR-Lex, 18 octobre 2024

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